A l’occasion de l’Audition Publique d’Anne Nivat, le 6 juin dernier, nous avons réalisé un reportage sur les Cités d’Or, l’un des neuf projets accompagnés cette année dans le cadre du Programme Accélération du Centsept.

Les Cités d’Or est un projet civique et pédagogique qui a vu le jour en 2007 sous l’impulsion de Karim Mahmoud-Vintam. Il s’est donné pour mission de « développer et faire vivre une communauté de citoyens au service de la réconciliation », réconciliation aussi bien avec les autres qu’avec nous-mêmes et avec le monde. La méthode utilisée ? Explorer des piliers humains et civiques : s’exprimer, s’informer, se connaître et s’accepter, tisser du lien, comprendre le fonctionnement de son environnement.

L’Ecole Buissonnière est un « parcours d’autonomie et de citoyenneté » mis en place par les Cités d’Or, qui réunit pendant 6 mois 14 jeunes âgés de 16 à 25 ans. Sous un statut de service civique, le groupe a pour objectif commun d’assurer trois missions d’intérêt général au cours de cette période. Chaque jeune est également accompagné de manière individuelle dans l’élaboration et la définition de son projet de vie.

Les trois missions collectives de l’école buissonnière sont :

  • Ma Cité d’Or: réalisation d’une enquête participative auprès des habitants du territoire pour identifier ses richesses, aussi bien matérielles qu’immatérielles et humaines, et conception d’un rapport d’étonnement (ou d’une manifestation publique) pour en restituer les « pépites ».
  • L’Audition Publique: rencontre avec une personnalité autour de la question de ce que signifie être acteur de sa vie et de la société. Pour la préparer, les jeunes travaillent en amont sur leur propre parcours de vie.
  • Les Décodeurs: production d’un contenu d’information multimédia diffusable sur internet. Le sujet est libre mais le format doit répondre à trois critères : accessibilité, rigueur et interactivité.

Nous assistons donc à l’Audition publique, deuxième mission de l’école buissonnière, qui a lieu au centre social Quartier Vitalité, dans le premier arrondissement de Lyon.

Les jeunes ont choisi d’inviter pour cette soirée Anne Nivat, grande reporter et reporter de guerre. En amont de l’évènement, ils ont effectué un long travail de recherches (articles, ouvrages, émissions TV) sur l’invitée mais aussi sur eux-mêmes. Anne Nivat est donc assise sur scène au milieu de l’arc de cercle formé par les jeunes avec qui elle discute tranquillement en attendant que la soirée commence.

Et c’est Karim qui ouvre le bal et introduit l’évènement avec les questions suivantes : que signifie être humain, et qu’est-ce que ça suppose ? Que signifie être citoyen, et qu’est-ce que ça suppose ?

L’objectif, c’est de s’inspirer du parcours de vie d’Anne Nivat en abordant sa vie professionnelle, familiale, ses réussites et ses difficultés. Autant de questions posées par les 14 jeunes qui serviront de fil rouge à la soirée. Mais pour la personnalité invitée, l’exercice n’est pas simple : il ne s’agit pas de répondre par des banalités aux questions, mais bien de rebondir en mettant en parallèle sa propre histoire avec les expériences, parfois difficiles, vécues par les jeunes.

Antoine ouvre le bal. Il a 23 ans, et courageusement il raconte sa difficulté à grandir sans père, et les sentiments qui l’animent encore aujourd’hui. Il interroge Anne Nivat sur sa capacité à sortir de l’ombre de son père à elle, Georges Nivat. Un autre lui demande comment, constamment en voyage, elle a réussi à construire une relation et à garder le lien avec son fils, âgé aujourd’hui de onze ans. Un troisième évoque les questions d’émancipation et de solitude suite au départ de la maison parentale.

D’autres questions suivent, sur le même format : comment choisir entre métier-passion et métier-raison, comment faire face au doute, comment garder du temps pour soi tout en ayant une vie professionnelle très remplie… ? Si Anne Nivat semble au début déstabilisée par la dimension très personnelle des questions, elle se prête vite au jeu et rebondit tout en nous livrant des anecdotes personnelles, des évènements tragiques de la guerre de Tchétchénie et de la guerre en Syrie qui ont marqué sa mémoire. On comprend peu à peu comment sa personnalité s’est construite, et comment elle a développé sa capacité de résilience. Les thèmes abordés sont graves et parfois tragiques, mais l’ambiance se détend grâce à l’humour et à la spontanéité des jeunes qui se relaient au micro.

L’heure tourne, mais on sent que la discussion pourrait durer jusque tard dans la soirée. Au terme de cette audition, nous retiendrons l’importance de l’optimisme, de la persévérance, de l’effort à faire d’aller vers l’autre, de l’écouter et de lui sourire. Autant que le parcours hors du commun d’Anne Nivat, ce sont le vécu et les interrogations des jeunes qui résonnent en nous, le passage à l’âge adulte, l’émancipation, le courage nécessaire pour construire sa personnalité de manière libre et indépendante.